Tout décollage commence par un petit calcul que la plupart des pilotes font de tête, et qu’ils font plutôt mal.

De combien de piste ai-je vraiment besoin aujourd’hui ? Pas selon l’abaque du constructeur, mais ici, sur ce terrain, à cette altitude, par cette chaleur. La réponse honnête est rarement celle que l’on croit. L’altitude-densité, elle, ignore l’intuition. Par un après-midi de chaleur, sur une altisurface de montagne, un coup de chaud de +5 °C suffit à rogner 15 % de votre taux de montée. L’abaque du manuel de vol n’avait pas tort : simplement, elle ne parlait pas d’aujourd’hui.

C’est exactement le genre de problème pour lequel nous avons conçu Performance. Ce mois-ci, ULM INFO #130, le magazine de la FFPLUM, a consacré un article à sa deuxième version. Nous en sommes fiers. Mais l’essentiel n’est pas là. L’essentiel, c’est ce que cette application révèle de la juste place de l’automatisation dans un cockpit, et de celle qu’elle ne doit jamais prendre.

Écran de saisie de l'application Performance avec les données constructeur
Performance v2 : on saisit une fois les données constructeur de sa machine.

Automatiser le fastidieux, pas la responsabilité

Il y a une version tapageuse de l’« IA dans l’aviation » : l’autonomie, des agents qui pilotent l’avion, l’humain relégué au rang de roue de secours. Ce n’est pas celle que nous fabriquons.

La version discrète est plus utile et, disons-le, plus honnête. Avant de partir, un pilote doit enchaîner une série de petits calculs faciles à rater : distance de décollage ajustée, taux de montée corrigé, portion de piste réellement consommée, et l’altitude-densité qui gouverne tout le reste. Aucun n’est compliqué. Tous sont fastidieux. Et c’est dans le fastidieux que se logent les erreurs, surtout sous la pression, sur une piste écrasée de chaleur, avec un passager qui attend.

Performance fait ces calculs dans l’instant. Vous entrez les données constructeur de votre machine ; l’application va chercher l’altitude du terrain et la température du moment (plus de 29 000 terrains, par code OACI ou par nom, météo en direct via Open-Meteo, GPS en option) ; et elle vous rend les quatre chiffres qui comptent, calculés en temps réel sur un modèle d’altitude-densité validé : l’atmosphère standard ISA et la courbe de Koch. La physique que tout instructeur enseigne, débarrassée de la corvée.

Écran de résultats de l'application Performance
Les quatre chiffres qui comptent, calculés en temps réel pour les conditions du jour.

Toute la philosophie de conception est là : ôter la corvée du calcul, jamais le jugement du pilote.

La ligne que nous refusons de franchir

C’est le point sur lequel nous réfléchissons le plus, et celui qui fait de Performance une histoire d’IA dans l’aviation, et non une simple histoire de calculatrice.

Performance est, pour reprendre nos propres mots, un outil d’aide à la décision. Le commandant de bord en reste le seul responsable : c’est à lui de vérifier chaque calcul, d’apprécier les conditions, de décider du départ, et de se conformer au manuel de vol de son aéronef. L’application le dit clairement, à l’écran. Les valeurs sont indicatives ; elles se recoupent avec le manuel officiel, on y ajoute des marges, on tient compte du vent, de la pente et de l’état de la piste, et « dans le doute, on attend de meilleures conditions ».

Nous aurions pu escamoter ces réserves. Un logiciel cherche toujours à se donner des airs d’autorité : des chiffres péremptoires, de belles coches vertes. Mais dans un domaine où la sécurité prime, un outil qui surjoue sa propre certitude ne rend pas service : il met en danger. La décision d’ingénierie la plus difficile, dans Performance, n’a pas été le calcul de la courbe de Koch. Elle a été de dessiner une interface vraiment utile, et qui ne cesse de rappeler que ce n’est pas elle qui tient le manche.

C’est le principe que nous gardons en tête pour tout, chez amenai, de cette application à nos travaux d’IA certifiable pour la maintenance : l’automatisation gagne la confiance en assumant ses limites, pas en les masquant.

Abaque d'altitude-densité fondé sur l'atmosphère standard ISA et la courbe de Koch
L’altitude-densité en temps réel : l’atmosphère standard ISA et la courbe de Koch, la physique enseignée par tous les instructeurs.

Sur le terrain

Xavier Ulliana (président du CRULM Sud, instructeur ULM, pilote montagne et coïnitiateur du projet avec nous dès 2024) l’a dit mieux que nous ne saurions le faire :

« En montagne comme en plaine, l’altitude-densité n’a rien d’une notion théorique : c’est une réalité quotidienne qui conditionne chaque décollage. Avec Performance, je vérifie systématiquement mes chiffres avant d’opérer depuis une altisurface. Ce que j’apprécie le plus, c’est de pouvoir montrer concrètement à mes élèves l’effet de chaque paramètre. Quand on forme des pilotes qui vont voler, voir +5 °C amputer le taux de montée de 15 % marque bien plus qu’un cours en salle. »

C’est ce dernier point qui nous est resté. La plus belle fonction de l’outil n’est finalement pas la réponse qu’il donne, mais la compréhension qu’il fait naître. L’élève qui voit le taux de montée s’effondrer à mesure que la température grimpe a compris quelque chose qu’aucun abaque figé ne lui apprendra jamais.

Ce que nous avons appris

  1. La confiance est une affaire d’interface, pas seulement d’algorithme. Le calcul, c’était les 20 % faciles. Dire l’incertitude honnêtement, les 80 % difficiles.
  2. La meilleure automatisation rend l’humain meilleur, pas inutile. La vraie réussite de Performance est pédagogique : l’application enseigne la physique qu’elle calcule.
  3. Plus de 6 000 téléchargements de la v1 nous ont dit que le besoin était réel. Les pilotes faisaient déjà ces calculs. Nous avons juste supprimé le moment où l’on se trompe.

Voilà ce que nous appelons une IA qui transforme l’aviation sans tapage. Pas un robot dans le siège de gauche : un outil qui abat les calculs fastidieux sans une erreur, vous tend le résultat, et n’oublie jamais, lui, qui commande à bord.

Performance est gratuit sur l’App Store et Google Play, et dans votre navigateur sur calculator.amenai.net. L’application fonctionne en partie hors connexion et couvre plus de 29 000 terrains. Lisez l’article d’ULM INFO #130, ou essayez-la depuis le terrain, à votre prochain vol. Et comme toujours : volez prudemment, et restez seul maître à bord.